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Dans ce troisième volet de l’histoire du Dérasien, Kaleb-Adji, nous suivons les difficultés que rencontrent les membres de la famille Kaali pour s’intégrer dans la société qui les a accueillis sous conditions. Kaleb et Sarah devront faire des choix afin de les soutenir au mieux malgré les vives critiques dont ils font l’objet de la part d’un influenceur très actif sur les réseaux sociaux. Leur fils Élias a maintenant 10 ans et s’épanouit sur une Terre à laquelle il s’accorde avec sérénité. Mais le spectre d’un complot visant à se servir des dons précieux des Dérasiens est à l’œuvre, menaçant de faire s’effondrer le fragile équilibre que chacun tente de maintenir.

Est-ce que la Terre est prête à faire confiance à des individus aux pouvoirs phénoménaux ? Est-ce qu’il suffit d’être animé de bonnes intentions pour être du bon côté ? En un mot comme en cent, qu’est-ce qui fait l’essence même du héros et pourquoi en avons-nous besoin ?

Extraits

Après deux jours de recherches infructueuses, Kal était sur le point de rentrer en France. Son voyage en Italie n’avait été qu’une suite de déceptions et de mauvaises rencontres. Naples était une ville déroutante, faisant se côtoyer des quartiers magnifiques où s’érigeaient des bâtiments historiques d’une beauté à couper le souffle et des zones sordides dans lesquels il s’était senti particulièrement mal à l’aise. Il poussa ses recherches jusqu’au port sans trouver de pistes satisfaisantes.

Et puis, alors qu’il traversait un parc du secteur Mercato, il surprit des jeunes enfants mimant un homme en train de voler. Un bras tendu comme il le faisait lui-même lorsqu’il voulait fendre les airs, et l’autre le long du corps pour offrir le moins de résistance possible. Était-ce Kaleb-Adji qu’ils imitaient ainsi ? Ou Aras, peut-être ?

Il se dirigea vers eux, le ventre noué, comme à chaque fois que l’espoir s’insinuait en lui.

— Bonjour les enfants, commença-t-il, se demandant comment il allait bien pouvoir leur expliquer sa requête sans trop les inquiéter.

— Oh ! Mais vous êtes Kaleb-Adji ! s’exclama l’un d’eux, un gamin noir de saleté avec un visage angélique.

— Sans rire, c’est vous ? questionna un autre plus jeune et tout aussi crasseux.

Et avant qu’il ait eu le temps de répondre, la joyeuse troupe l’entourait en sautillant, chacun désirant le toucher et le regarder de plus près.

— Tu vois Pablo ! Je t’avais dit qu’il était là ! Personne n’a voulu me croire. On m’a traité de menteur. Zut alors !

Le gamin qui avait pris la parole était probablement le plus vieux de la bande, mais semblait tenu à l’écart. Kal le soupçonna d’être porteur d’un léger handicap mental.

— Tu m’as vu avant aujourd’hui ? lui demanda-t-il.

— Ben oui ! C’est ce que je me tue à leur répéter, mais personne ne m’écoute jamais. Je vous ai repéré la semaine dernière du côté de la station Garibaldi ! C’est par là que j’habite, et vous survoliez l’immeuble juste à côté du mien.

— La semaine dernière dis-tu ? N’était-ce pas plutôt il y a deux jours ?

— Non, c’est vrai, il nous l’a dit il y a un moment déjà, répondit le gamin au visage d’ange, comme si c’était à lui que revenait l’honneur d’être le témoin de cette incroyable rencontre.

Le cœur de Kal s’emballa d’un coup. Il ferma les yeux quelques secondes afin de reprendre ses esprits. Bon sang, est-ce qu’il touchait enfin au but ?

— Ça va bien monsieur Kaleb-Adji ? demanda un tout petit gaillard d’à peine 6 ans qui se tenait au milieu des autres, comme un chiot apeuré.

Sans comprendre exactement pourquoi, Kal se sentit submergé par l’émotion. Il avait envie de les prendre tout contre lui, les embrasser, les aimer. Il y avait quelque chose de magnifique dans leur jeunesse insouciante qui faisait contraste avec la noirceur de ce quartier et la tristesse qui avait étreint son cœur depuis son arrivée à Naples.

— Vous voulez bien m’aider les garçons ? Est-ce que je peux partager un secret avec vous ?

Mais était-il réellement besoin de poser la question ? Aussitôt les six paires d’yeux étincelèrent de mille feux et des sourires s’agrandirent sur des bouches dont certaines étaient en attente de quelques dents définitives.

 

Kal se dirigeait maintenant vers l’hôpital Sainta Maria de Loreto vers lequel il était presque certain qu’Aras avait établi ses quartiers. D’après les enfants, il y avait dans les combles du bâtiment tout un tas de recoins qui pouvaient parfaitement convenir pour une cachette.

Il était resté encore quelque temps avec eux, tiraillé entre son désir de retrouver Aras et le bien-être qu’il éprouvait à être en leur compagnie. Puis, après les avoir remerciés au nom de tous les habitants de Saint-James, il avait pris la direction du boulevard Vespucci où se trouvait l’hôpital, facilement reconnaissable vu du ciel, puisqu’érigé en forme de croix.

Alors qu’il patientait sur un terreplein de l’autre côté de l’avenue en attendant la nuit, il se questionnait sur le meilleur moyen d’aborder le garçon. Incapable de prévoir son état d’esprit ni l’effet que procurerait sa visite, il se promit de ne pas être trop insistant et de ne pas faire peser sur lui plus qu’il n’était nécessaire. À nouveau, il s’interrogeait sur ce qu’avait été l’existence d’Aras finalement, si ce n’était une suite d’évènements dans lesquels il avait été ballotté au milieu des autres sans jamais avoir eu l’occasion de se définir en tant qu’individu. Même si ses parents l’avaient aimé, au même titre que ses frères et sœurs, personne n’avait tenu compte de sa fragilité et de son désir de s’émanciper du destin familial. Il en avait terriblement souffert et avait su l’expliquer. À maintes reprises il avait alerté son entourage sur sa difficulté à vivre un quotidien qu’on avait décidé pour lui sans lui permettre de développer son caractère, de dessiner son chemin. Mais encore et toujours, la sécurité et le bien-être de tous avaient prévalu sur son propre sort. Cela l’avait amené à se révolter puis à commettre cette terrible erreur lors de l’incendie qui avait coûté la vie d’une personne. Le prix à payer pour Aras avait été exorbitant. S’en étaient suivi sa fuite, puis une existence recluse durant 4 années loin de tous ceux qu’il aimait. Suffirait-il de lui demander de revenir afin que les siens cessent de souffrir ? Est-ce qu’à nouveau, on allait lui imposer d’agir, non pas pour lui, mais pour le bien des autres ? Kal avait beau étudier ce sujet dans tous les sens, il ne voyait pas trop comment faire l’impasse sur cette réalité.

La nuit était tombée depuis une heure au moins lorsqu’il se décida à survoler l’hôpital à la recherche d’une entrée lui permettant d’accéder aux combles. Il la dénicha dans le coin nord, presque imperceptible, si ce n’était la petite lueur qui s’en échappait. Une bougie très certainement.

Il filait comme le vent à travers la pinède, sans prendre garde aux éraflures provoquées par les branches qui laissaient des traînées rougeoyantes sur ses bras nus. Tous ses sens en alerte, il virevoltait tel un oiseau, enivré par un sentiment de puissance et de liberté qu’il connaissait bien et qui le rendait heureux. Survolant le lit d’une rivière, il repéra l’effluve musqué d’une famille de ragondins et les clapotis de quelques castors en plein travail. Il ralentit, afin de se rapprocher au plus près de cette nature qu’il aimait tant, guettant l’odeur subtile des aiguilles entassées sur le sol, la caresse de l’air se faufilant à travers les troncs, le bourdonnement des insectes et le piaillement des oiseaux perchés tout en haut… Et puis il l’entendit à nouveau, derrière lui, à 100 mètres à peine !

Alors il reprit sa course, plus vite encore, bandant ses muscles jusqu’à la douleur avec le sentiment que rien ne pouvait le vaincre et qu’il n’y avait aucun danger, aucune menace capable de troubler cette confiance en lui qui l’habitait depuis toujours.

Tout à sa pensée, il réalisa trop tard qu’il était parvenu à l’orée de la forêt, débouchant sur un étang à découvert, peuplé par une multitude de hérons et de flamants roses. Il ralentit à nouveau, émerveillé par cette nature insolite et amusé par le les cris rauques et disgracieux des échassiers qui semblaient outrés par son intrusion pour le moins inattendue.

C’est pour cela qu’il ne l’a pas entendu et qu’il n’a pas eu le temps de l’éviter. Non pas parce qu’il était moins rapide, ou moins fort ! Mais parce qu’il n’était qu’un enfant trop facilement distrait par ce qui l’entourait.  

Le choc l’éjecta à une trentaine de mètres au moins, au cœur d’un bourbier malodorant où il pataugea sans grâce durant de longues secondes, qui, il le savait, lui seraient fatales. Alors qu’il levait la tête vers le ciel, il l’aperçut enfin, suspendu à quelques mètres du sol et projetant sur lui son ombre victorieuse.

À hauteur d'homme 

Le livre est en cours d'écriture.